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09 août 2010

INVENTAIRE DU MONDE saison I - de Gilles Moraton

Pour cette note estivale, une primeure, une nouveauté, que dis-je une immortalité en cours ! 

Mieux encore: une pensée fraîche comme un tic-tac et beaucoup, beaucoup plus longue en bouche.

Gilles Moraton, un des deux écrivains du projet ri B osome fait son INVENTAIRE DU MONDE.

Un projet littéraire gigantesque et savoureux (l'un peut aller avec l'autre, surtout avec Gilles !)

Je lui laisse la parole. Vous n'avez qu'à suivre ses instructions à la lettre (votre ordinateur n'explosera pas dans cinq secondes):

gille moraton.JPG

Petite explication (de l'auteur): 

J'ai partagé le monde – et la connaissance que j'en ai – en grande classes, qui elles-même peuvent parfois mais c'est rare être subdivisées en sous classe. A l'intérieur de chaque classe se trouvent des cases que je remplis avec des textes. C'est aussi simple que cela. Il y a :

·         La classe des êtres humains.

·         La classe des êtres humains-sous classe des idiots

·         La classe des animaux

·         La classe des objets

·         La classe des lieux

·         La classe des travaux intellectuels (thèses, essais, mémoires, articles etc.)

·         La classe des œuvres imaginaires et de création (littérature, peinture, musique etc.). 

Quand un sujet est à cheval sur plusieurs classes, il est intégré à la première. 

Chaque texte peut se décomposer en plusieurs parties pour son contenu (ex une vie humaine peut se décomposer en 3 ou 4 parties éparpillées dans l'inventaire), ou en plusieurs occurrences pour sa forme (ex dans les œuvres de création, les romans inachevés, ou dans les objets, les machines restées au stade prototype)

A une seule exception près pour l'instant les textes sont fictifs.

Les textes peuvent aller de quelques lignes à une dizaine de pages, la moyenne se situant autour de 2 ou 3 pages. 

SANS REPONSE DE VOTRE PART A CE COURRIER (disons dans les vingt secondes) VOUS SEREZ RAYE(E) DE CETTE LISTE, je suis quelqu'un de susceptible.

Si malgré tout vous acceptez le principe de la réception des textes il y a quelques règles simples à connaître : 

1.      Ne vous attendez pas à de la régularité, j'enverrai quand je le pourrai, je n'ai pas toujours le temps d'écrire et il m'arrive d'interrompre l'Inventaire pour écrire autre chose. Les textes seront envoyés seuls ou par groupes en fonction de leur importance matérielle.

2.      Vous avez le droit de ne pas commenter (sachant qu'il n'y a pas pire réaction que l'absence de réaction).

3.      Vous avez le droit de commenter, et, commentant, de ne pas aimer, voire de descendre, voire de haïr.

4.      Vous ne connaissez pas les autres destinataires de ce courrier.

5.      Vous avez le droit de faire suivre le présent courrier dans des proportions raisonnables (à vous de voir) à des proches si vous pensez qu'ils pourraient être intéressés par l'objet littéraire en question, et de me transmettre ensuite leur(s) adresses s'ils sont intéressés.

6.      Vous n'avez pas le droit d'entamer un Inventaire parallèle, ce serait par moi considéré comme une déclaration d'hostilités.

 

06 novembre 2007

Préface en Français des déclinaisons/catalogues, par Régine Detambel

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Préface par Régine Detambel

Tout le monde cherche le fameux passage du Nord-Ouest, qui ouvrirait le chemin entre le continent des sciences et celui des arts. On se comporte donc comme face à une impitoyable tectonique des plaques, je veux dire : comme si une faille réelle séparait ces territoires. La pluralité des Muses continuerait donc à morceler la création humaine ? Au lieu qu’il faut, d’urgence, opérer un retour à la Pangée, à ce monde plein, uni, d’avant la dérive des continents… Ce qui ne veut pas dire que l’artiste tournera le dos au monde de la Terre ni qu’il doit faire ses adieux à la chose humaine comme matière d’art. Nul besoin non plus de récits futuristes, ni de virtuosité formelle particulière. Imaginons un récit très banal, mais où presque tous les mots, substantifs, verbes, voire adjectifs seraient des mots neufs, issus des nouvelles biotechnologies. On y voit quelque chose, qui pourrait bien être la poésie de l’avenir. Si les ribosomes, ces petites choses en sucre, sont capables de traduire plus de cinquante protéines dans leur langage codé — comme autrefois l’homme pré adamique parlait toutes les langues d’avant Babel —, alors pourquoi ne pas lui emboîter le pas ? Que n’exploitons-nous ces nouveaux espaces de transcriptions comme terrains de fictions, d’épopées, etc. Même si c’est, dans un premier temps, pour y transporter nos vieilles carcasses sexuelles et psychologiques. De quelles comédies, de quelles farces pourrait-on animer les ribosomes et la double hélice de l’inspiration protéique ? Cette double hélice, en tout cas, remettrait en route notre petit moteur à transcendance…

Pour cela, on peut, comme la nature et le savant, s’attaquer aux unités mêmes du code. Le poème est un laboratoire où réaliser des expériences de mutation langagière, où les fragments brisés de la langue subissent des recombinaisons. Il nous faut des mutants lexicaux. A moins qu’on ne considère — ce qui est, somme toute, le plus probable — qu’il se produit évidemment une métamorphose organique, régulière, des mots. Relisez vos vieux dictionnaires… Maurice Dantec a proposé de soumettre le roman à une expérience imitée des pratiques génétiques. L’art littéraire, « s’il en reste quelque chose, devra s’apparenter à celui du biochimiste moléculaire, qui décode et assemble les gènes nécessaires à la création du Frankenstein terminal, en d’autres termes nous devrons passer la littérature, et le Monde, sur la table de dissection, dans le tunnel de notre accélérateur de particules, et expérimenter sans attendre, en commençant par observer avec attention les dégâts ainsi produits[i] ». Pour qu’une forme vive, il faut qu’elle se dépasse ! Dantec compare souvent le code génétique à un roman (« roman de notre vie biologique, il est composé de trois milliards de signes, avec un alphabet de quatre lettres, formant environ cent mille paragraphes ou chapitres, chacun, un gène, codant l’histoire d’une protéine nécessaire à telle ou telle fonction dans tel ou tel organe[ii] »). Désormais une œuvre de fiction pourrait être l’application à un premier récit d’une mutation dont les conséquences se donneraient à lire dans la seconde partie, le livre se dédoublant ainsi « dans un rapport de transcriptase inverse[iii] ». Mais François Jacob souligna les limites de ce rapprochement texte/gène : « le fameux message de l’hérédité, transmis d’une génération à l’autre, personne ne l’a jamais écrit[iv] ». Et c’est sans doute pour tenter de contredire Jacob que le poète et plasticien brésilien Eduardo Kac emploie les biotechniques pour « rédiger », à des fins artistiques, un texte vivant.

Kac propose d’utiliser les biotechnologies et les organismes vivants en poésie comme un nouveau domaine de création verbale. Dans son manifeste de 2003, Biopoetry, il envisage une « scriptogenèse », c'est-à-dire une « poésie transgénique » consistant à traduire des énoncés humains dans un code à quatre caractères, semblable à celui des gènes, à synthétiser les molécules d’ADN correspondantes, à les incorporer dans le génome de créatures vivantes et enfin à en étudier les variations au fil des générations « par mutation, perte ou échange naturel d’ADN », en retraduisant en langage humain la section correspondant à ce « transpoème[v] ». Dans Genesis (1999), un verset de la Bible a fait l’objet de cette traduction pour être intégré à l’ADN d’une bactérie, cultivée ensuite dans des conditions favorisant les mutations, de sorte que le verbe sacré, loin d’être protégé par cet archivage de chair, a subi des modifications permettant au poète de présenter les bactéries comme des co-énonciateurs de l’œuvre. Qui parle ?

Apollinaire réclamait déjà une possible poétique du vivant. Barthes étudiait la biologie du style. Il y a donc déjà du ribosome dans le style d’un écrivain. La voix s’élève, s’élabore, à la limite de la chair et du monde et le style n’est jamais que métaphore, c'est-à-dire équation entre l’intention littéraire et la structure charnelle de l’auteur. Le style, c’est déjà du bio art, c’est un art in vivo. Toute poésie est déjà une bio poésie !

 On n’a pas attendu le généticien pour devenir le poète des espèces à venir, mais on lui demande sans doute de rendre compte, non seulement de l’éthique, mais aussi de l’esthétique du monde dont il sera l’auteur. Pourtant, il ne s’agit pas seulement d’un problème moral. Ce qui est en jeu, ici, c’est d’abord et avant tout, la puissance de la littérature, celle de l’art. Il faudrait plutôt tenter de maintenir la pureté de ce champ contre la confusion croissante entre art et science (mais science comme expérience brute…) qui substitue au travail de la langue (ou du matériau, de la lumière, pour le plasticien) l’alibi du progrès. Faire écrire un livre à un ribosome ne suffit pas. Ne vaut pas littérature. Il réduit plutôt, d’un seul geste, et le texte et la vie dont il s’est nourri. Le réel ne suffit pas à faire littérature, pas plus que l’aveu une œuvre ou la sincérité un auteur ou les hormones un amour. Continuer donc à creuser l’écart, à nourrir la faille, puisque cet excès où disparaît le sujet (le thème comme le moi), ouvre seul l’espace où peut encore advenir l’art.

[1] M. Dantec, « La littérature comme machine de la troisième espèce » [1999], in Périphériques, Seuil, 2003, p. 112.

2 M. Dantec, « La fiction comme laboratoire anthropologique expérimental » [1997], id., p. 132-133.

3 M. Dantec, Villa vortex, Paris, Gallimard, « La Noire », 2003, p. 386.

4 F. Jacob, « Le modèle linguistique en biologie », Critique, n° 322, mars 1974, p. 200.

5 E. Kac, Biopoetry [2003], <www.ekac.org/biopoetry.html>, nous traduisons.


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05 novembre 2007

Préface en Français de Michèle Jung/déclinaison en petit format des 4 riBosome

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L’objet de l’art…  par Michèle Jung

Psychanalyse et — eSt— Art. Avec l'intrusion du S du signifiant, s'opère un retournement de la figure proposée. À l'entendre ce S sonore —, que pouvons-nous articuler — pour nous — lorsque nous nous appliquons à ce travail d'écriture, d’une écriture qui puisse faire figure dans une conque de regardant ? L’harmonie pentagonale de cette cinquième réalisation de livres d’artistes muraux — quinte-essence — se substitue à l’hexagone étoilé de l(un)’alvéole de cire nécessaire à l’abeille[1]… Cire-cérumen, cause d’un non-savoir-audire quand on sait que « leur lenteur à s’en apercevoir montre quel cérumen les sépare de ce qu’ils entendent à ce qu'ils en fassent parabole ». Cire-opercule du Wunderblock révélant la trace d'un texte perdu, mesuré à la profondeur des dépressions griffées par la pointe aiguisée, sur la cire-matière, sur le corps troué.

Alors, écoute de l'analyste — jamais absolument certaine de comprendre — s’imposant inlassablement de graphier, avec l'idée et l'espoir d'une lumière venant d'une trace première, toujours déjà là, exposée à être conquise de force, fracturée, frayée.

Art et — eSt — (psych)Analyse. Retournement annoncé. Renverser la proposition pour échapper à toutes les analyses de Freud-lecteur sur les processus de création, sur la validité de sa méthode analytique visant à une confirmation de ses vues sur l’inconscient et le rêve. Dans la Traumdeutung, lorsqu'il traite du « Rêve de la mort des personnes chères », Freud analyse l'Œdipe de Sophocle dont il dit que : « Die Handlung des Stückes besteht nun in nichts anderem als in der Schrittweise gesteigerten und kunstvoll verzögerten Enthüllung — der Arbeit einer Psychoanalyse vergleichbar »[2]. Ça, les autres vont très bien le faire. Nous, revenons à nos moutons, car Grande est la Diane des Éphésiens.

Comme s'il craignait de rencontrer cette « Origine muette, prometteuse de vie… », ornée de testicules de taureaux de la ceinture aux pieds, Freud reste en retrait quand il écrit cette note de lecture, en 1911, un an après Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci. Face à l'œuvre, il se déclare incompétent pour définir l'essence de l'art, « forme belle au désir interdit ». Il reste prudemment en marge du champ du beau.

La toute-puissance (pro)-créatrice de cette divinité maternelle pourrait, peut-être ? nous emmener au centre d'une réflexion sur l'art. Le mot est lâché : ART — A-R-T — mais pas défini. Tant mieux. « Alors, l’art… Ajout, artifice au renoncement d’amour que le sujet attend du père». Art… Artifice… Un seul mot en allemand : die Kunst. Masculin en français, féminin en allemand. « Elle », l’art mise au féminin — Artémise. Fil rouge qui conduit à la mère, au désir le la mère. Ainsi, ce mot « Art » ne demeurera pas figé, il (elle) va même nous tenir éveillé. Alors, paroler sur l’art…

L’Art : une éthique. L’éthique de la psychanalyse. Livre VII. Au Seuil, 1986. Au Seuil de la barrière du désir qu’il faudra franchir… Au fil de ce Séminaire, Lacan commente le destin du héros tragique représenté par l’Antigone de Sophocle. Antigone représenterait ce que pourrait être cette éthique tragique de la psychanalyse : l’agir en conformité avec son désir. « Il y a un certain rapport du beau avec le désir ». Avec le désir de la mère… La Chose — que nous ne pouvons atteindre qu’à travers la Sublimation — « choix absolu, choix qu’aucun bien ne motive ».

Donnons alors Plain-Chant à Anne Vanier-drüssel qui démontre que les formes produisent du sens, que la signification du texte ne se déduit pas de ses seules ressources verbales, et dont les publications rappellent avec force que les effets de sens, produits par les forces matérielles, sont au coeur des tensions et des luttes qui ont pour objet, je crois, la domination symbolique. C'est dans la stratégie de ces franchissements qu’Anne V.-d. s'offre le bénéfice de sa jouissance.                                                                                             

  Avignon, septembre 2007

En hébreu, le nom de l’abeille, Dbure, vient de la racine Dbr, parole. Les abeilles deviennent mères par le travail de leurs lèvres, sans enfanter.

« La pièce n'est autre chose qu'une révélation progressive et subtilement différée — comparable à une psychanalyse ».

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01 juillet 2007

Texte de Simone Molina - D

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DREI   WORTE

drei worte. ja, drei worte, zwei kurz, ein anderes länger, drei worte, die auf der seite tanzen sollten. und die starr bleiben,

wie zinnsoldaten. zu eurer bewachung. was bewachen sie, und wie, wie sie anblicken, damit sie zu tanzen beginnen, also, zu leben. sie anblicken. dann, sie anhören. erst einzeln, dann zusammen.

Linie, platz, Prozess.

….plAtz

… liNie……..

Grossbuchstaben,

oder kleinbuchstaben, worte vermischt, durcheinander, versetzt, gedrängt.

hier sind sie, die klingen und schließlich erschallen. die horizont- linie, oder die der partitur, die festung

oder auch: der todessitz. aber Prozess…  … der nässt, pfeift, seinen schweiß ausschwitzt, der sowohl sex als auch gesetz enthält. der euch vom kinn heruntertropft wie eine zu reife oder zu sehr gequetschte frucht.

der euch nach vorn wirft, oder euch zwingt, langsamer zu werden, langsamer, damit die zeit ihr werk tut

um sich noch einen tag, eine woche, ein jahr zu gedulden. neun monate manchmal.

Prozess der heranreifen bedeutet und das unerbittliche der tage und der nächte, und des herzschlags,

und der füße, und der ganz kleinen arme mit noch geschlossenen fingern an den handflächen,

Was bedeutet träumerei, und die töne darinnen, töne von drinnen, hohl und von draußen, abgehackt, gedämpft,

stimmenklang eines liebeslieds morgenlieds oder klagelieds, und tiefe töne die vorTragen, widerlegen, entgegenStellen, Polemisieren. und der horizont wird weiter: der der erreichten träume der schwärmerischen erwartungen des weißglühens, der geheimen lüste in der mitte der tage.  dort drüben, an der bar. sieht man ihn auf die Ellenbogen gestützt, man dreht den kopf weg. kurz vor dem kuss, wendet man den kopf weg. man flieht. der bauch wird runder. man flieht man streift die horizontlinie. man flieht er steigt die treppe hinab. man denkt voraus starr, hier. an dem platz, hier, übervoll von unruhigen ausflüchten, ängstlichen ausbrüchen, besitzergreifung die man zurückweist. drei worte, ja, drei worte, zwei kurz, ein anderes länger, lang die zeit, um bis zum ende des kusses zu warten,

oder dass er sich entfernt, und euch nachsinnen lässt über den bauch der runder wird, über dem warmen platz da drinnen, über die mulde, die bald, wenn die Schnur durchschnitten, die bald da drinnen sowohl die leere als auch die narbe tiefer macht, und die welt weitab vom traum.

lInie-pLatz-PRozEss

lInie-pLatz-PROZESs…

linIE-PlAtz-PRozESs

langsam steigt er die treppe hinab, er dreht sich kaum, um, hört, kaum, den angehaltenen atem, das stöhnen

tränen der bitternis, der unterdrückte seufzer nahe der übelkeit,

zurückgehalten, das verbotene schluchzen, er dreht sich kaum um.

Sie, sieht ihn an, sie, starrt auf ihren runden bauch die süße darinnen, das wogen das die partituren dämpft

natternköpfe, aufregungen grundlos ausgelöst.

er dreht sich kaum um, hört kaum, aber bemerkt den schauer und dann die beruhigung

nun überschreitet er eine schwelle eine weitere schwelle, und wendet sich wendet sich zu ihr, zu ihr, zu dem anderen auch in dem bauch, der runder wird

„vergiss nicht, nein, vergiss nicht, du gehörst mir, ihr gehört ganz mir!„

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Texte de Simone Molina - Norv

 

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TRE  ORD

tre ord. ja, tre ord, to korte, og ett litt lengre, tre ord som burde danse på siden. og som forblir statiske, som tinnsoldater. i giv akt. hva vokter de på, og hvordan, hvordan se på dem for at de skal begynne å danse, å leve, altså se på dem. så, høre på dem. først hver for seg. så sammen.

Linje, plass, Utvikling.

….plAss … linJE……..

Store bokstaver, eller små, ord blandet sammen, forstyrret, flyttet på, kvalte.

Her er de og som de lyder, og lyder på nytt endelig. horisontens linje

eller notelinjen, festningsplassen eller også : de dødes plass. * men  Utvikling…  … som pipler, plystrer, utsondrer sin svette,

som inneholder på både kjønn og lov på en gang.

som drypper fra haken som en overmoden frukt,eller som er blitt presset for hardt. som kaster deg forover, eller tvinger deg til å sakne farten, å sakne farten slik at tiden får gjort sitt verk

å vente tålmodig enda en dag,en uke, et år. ni måneder, noen ganger.

Utvikling som betyr modning og dagenes ubønnhørlighet og nettenes, og hjertets banking,

og føttenes, og armenes sprell bitteliten med fingrene på tuppen av håndflaten  fremdeles

lukket igjen. Som betyr drømmerier, og lyder der innenfra, lyder innenfra, hule og utenfra, oppstykkete, florlette, lyder fra en romantisk stemme en morgenserenade, eller klager

og mørke lyder som  svaRer, motbeviser, går til motangrep, Stridbart. og horisonten trekker seg tilbake : den som tilhører drømmene som er blitt oppfylt

den lengselsfulle ventingen, de glødende følelsene, de hemmelige nytelsene i dagenes midte. 

der borte, foran baren. vi ser han støtte seg til albuene, vi snur hodet bort. rett før kysset,

vi snur hodet bort. vi flykter. magen blir rund. vi flykter vi klamrer oss til horisontens linje.

vi flykter han går ned trappen. vi tenker på det som skjedde før stående stiv, her.

på plassen, her, overstrømmet avengstelig nøling, redde utbrudd,

besittelser som man ikke kan godta. tre ord, ja, tre ord, to korte,

ett litt lengre,  lang av tiden å vente på slutten av kysset, eller som glir bort, og lar deg

drømme om magen som blir rund, om den varme plassen der inne, i gropen som snart vil,

når båndet er brutt, grave seg ut der innenfra tomrommet og merket

på en gang og verden adskilt fra drømmen.

lInje-pLass-UTvikliNg

lInje-pLass-UTvikliNg…

linje-PlAss-UTvikliNg

langsomt går han ned trappen, han snur seg knapt, lytter, knapt, pusten holdt tilbake, stønnene fra de bitre tårene, sukket som blir stoppet på randen av kvalmen, holdt tilbake,  det forbudte hulket, han snur seg knapt. Hun, ser på han, hun, stirrer på sin runde mage varmen der inne, bølgebevegelsene som demper magens orme-mønster, den viljestyrte angsten.

han snur seg knapt, lytter knapt, men oppfatter grøsset og så roen da, stiger han over en

en grense en annen grense, og sier sier til henne, til den andre også i den runde magen

«  ikke glem, nei, ikke glem at du er min, at dere er helt og holdent mine! »

*Oversetterens fotnote: Det dreier seg om et ordspill. Ordet « de dødes plass »(la place du mort) har to betydninger på fransk,dets egentlige betydning men kan også bety « passasjersetet » da man kaller dette « de dødes plass » siden man regner med at i en ulykke er det bare passasjerene som omkommer.

Texte de Gilles Moraton - Norv

Hva tenker du på ?

Hva du tenker på når du sikter på dem, kan du si meg det?

Si meg, hva tenker du på ?

Det finnes mellom deg og den andre, akkurat i det øyeblikket du sikter, dette bittelille tidsrommet som kunne romme evigheten, hvis den andre visste.

Dette bittelille tidsrommet fra øyeblikket når du sikter inn hodet til du trykker på avtrekkeren.

Dette øyeblikket kunne romme alle verdens ting, hele verdens erindring – på samme måte som et sandkorn kan romme  galakser.

Hvis man bare legger  litt godvilje til, kunne det romme hele verdens erindring.

Hvis man bare legger litt godvilje til kunne det romme:barndommens gater og de flyktige forelskelsene, firfislene  under stenene, og en hage med sand, byer man har travet gjennom og våkenettene, pikenes kjoler og vinglassene, hundene, traktorene, smerten, Don Quichotte, avreisene, faren, menneskene som faller , rundt omkring, tårene som har blitt grått , krenkelsene,  stikkene under beltestedet, de andre stedene, de andre, livet som ikke har noen mening.

Eller kanskje ett eneste bilde som varer, svart hår  på et kinn.

Ikke på noen ting, selvfølgelig. Du tenker ikke på noen ting. Du tenker  ikke på noenting i det øyeblikket for hvis du i det øyeblikket begynte å tenke, er det fare for at det bittelille øyeblikket ville vare og at din hånd kunne begynne å skjelve.

Nei, det er ikke derfor, du tenker ikke på noe fordi tenke i dette øyeblikket ville være, hvordan skal man si det, mer enn du makter, ja akkurat, mer enn du makter. Det er dumt men sånn er det, du er trukket med i et ubønnhørlig maskineri av omstendigheter som går over  hodet på deg og som du aldri tenker på fordi det å tenke er å tvile og det å tvile er å ikke treffe. Du er laget til dette, sier du, du er laget slik– jaha ,jaha, laget –, etter en prosess som det ville være for komplisert å beskrive nærmere og som det forresten ikke er i vår makt å kjenne til, alle har rett til privatliv, det er bare det at resultatet er der og hodene blir sprengt i luften.

Likevel har du engang vært liten, du har til og med vært barn..

Hvordan kan et barn bli en mann som deg ?

Hender det deg noengang, når du går forbi et barn, at du tenker at det kunne bli en mann som deg ?

Er du klar over at du kan lete og lete, helt inn i de mørkeste lag av din bevissthet, lete hele livet, uten å finne noen rettferdiggjørelse for  dette? 

Si meg, vet du det?

Ja du vet det men det er bare en plass sier du, en plass for hver person. Min plass, sier du videre, er denne, og ingen andre, denne plassen, denne plassen var min, reservert til meg, ikke rør, det finnes ingen tilfeldigheter, dette er meg, tingene bare skjer, og denne plassen, den som  jeg okkuperer og som gjør at hodene sprenges i luften,  jeg har blitt ført mot den, hvert øyeblikk, hver time, hver dag , i alle år, laget, formet til det, og tingene også, de andre, de andres historie, de andres liv, deres øyeblikk og deres timer, i lang tid øyeblikkene og timene, alt bidrar til at tingene kommer dithen, meg på den plassen, et vann i en kanal av betong, ikke mulig å slippe unna , det var dette eller å vaske nye biler ved avstigningen fra togene, uten å kunne kjøpe seg en, nye biler, avslutter du.

Men at kanalens vann kan renne over, å nei, ikke for deg.

Du, tom i hodet, albuene godt støttet, teknikkens siste skrik, absolutt stillhet, pusten holdt inne, synslinjen, siktekorset, fingeren din, og kula som farer avsted, der borte.

Et ørlite tidsrom, igjen, men dette har ingen mulig vei tilbake. Og hvis den andre visste,der borte, nuppene på huden, vinden i

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Texte de Simone Molina - Fr

T R O I S     MOTS

trois mots.

oui, trois mots, deux brefs, un autre plus long,

trois mots qui devraient danser sur la page.

et qui restent statiques, comme des soldats de plomb.

au garde à vous.

que gardent-ils, et comment,

comment les regarder pour qu’ils se mettent à danser,

à vivre, donc. les regarder.

ensuite, les écouter.  d’abord séparément.

puis ensemble.

Ligne, place, Processus.

….plAce … liGnE……..

Majuscules,ou minuscules, mots

mêlés, dérangés,décalés, étranglés.

les voilà qui sonnent, et résonnent enfin.

la ligne d’horizon, ou celle de partition,

la place forte ou bien encore :la place du mort.

mais Processus… … qui suinte, siffle, exsude sa sueur,

qui contient sexe et loi tout à la fois.

qui vous dégouline du menton comme un fruit trop mûr,

ou trop pressé. qui vous jette en avant,ou vous oblige à ralentir,

à ralentir afin que le temps fasse son œuvre, à patienter encore un jour, une semaine,

une année. neuf mois, parfois.

Processus qui dit la maturation et l’inexorable des jours et des nuits,

et du battement du cœur, et des pieds, et des bras tout petits

avec les doigts aux bouts des paumes encore fermées.

Qui dit la rêverie, et les sons là-dedans, sons du dedans, caverneux

et du dehors, hachés, feutrés, sons d’une voix de romance

d’aubade ou de complainte, et sons graves qui réPondent, réfutent, riPostent,

Polémiquent. et l’horizon s’éloigne : celui des rêves aboutis des attentes langoureuses,

des incandescences, des voluptés secrètes dans le mitan des jours. 

là-bas, devant le bar. on le voit accoudé, on détourne la tête.

juste avant le baiser, on détourne la tête. on fuit. le ventre s’arrondit. on fuit on accroche

la ligne d’horizon. on fuit il descend l’escalier. on songe à l’avant figé, ici. à la place, ici, envahie d’atermoiements inquiets, d’éclats apeurés, de possessions que l’on refuse.

trois mots, oui, trois mots, deux brefs, un autre plus long,   long du temps à attendre la fin du baiser, ou qu’il s’éloigne, et vous laisse rêver au ventre qui s’arrondit, à la place chaude en dedans, au creux qui bientôt, l’attache coupée, qui bientôt creusera en dedans le vide et la trace tout à la fois et le monde séparé du rêve.

lIgne-pLace-PRocEssuS

lIgne-pLace-PROCESsus…

ligNE-PlAce-PRocESsus

lentement, il descend l’escalier, il se retourne à peine, écoute,à peine, le souffle suspendu, le gémissement des larmes d’amertume, le soupir arrêté au bord de la nausée, retenu,  le sanglot interdit, il se retourne à peine.

Elle, le regarde, elle, dévisage son ventre rond la douceur en dedans, l’ondoiement

qui tamise les partitions vipérines, les affolements provoqués à plaisir.

il se retourne à peine, écoute à peine, mais perçoit le frisson et puis l’apaisement alors, il franchit un seuil un autre seuil, et lance lui lance, à elle, à l’autre aussi dans le ventre qui s’arrondit « n’oublie pas, non, n’oublie pas tu es à moi, vous êtes entièrement à moi ! »

Simone Molina - 2006

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Texte de Simone Molina - GB

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THREE       WORDS

three words. yes, three words, two short, another is longer, three words that should dance on the page. yet remain static, like lead soldiers. at attention. what are they guarding, and how, how can we look at them so that they will start dancing, start living, so. look at them. then, listen to them.  separately at first. and then together. Line, place, Process. ….plAce … liNE…….. Capitals, or small letters, words mixed, upset, out of line, strangled.

finally they ring, and resound. the line of the horizon, or the dividing line, the strong place or else: the place of death.

but Process…  … that drips, whistles, oozes sweat, that hold both sex and law. that runs down the chin like an over ripe, or over squeezed fruit. that throws you forward or forces you to slow down, to slow down so that time does its work to be patient another day, week, year. nine months, sometimes.

Process  that means maturation and inevitable days and nights, and heartbeat, and feet, and arms so little with fingers at the end of palms still closed. Which speak of dreams, and sounds within, sounds within, cavernous and outside, chopped up, intimate, sounds of a romantic voice of a love song or a lamentation, and deep sounds that anSwer, deny, resPond, Argument. and the horizon that fades away: the one of dreams achieved longing waits, incandescent, secret desires in the mixture of days.  over there, by the bar. one sees him leaning on his elbow, one turns his head. right before the kiss, one turns the head. one runs away. with a rounded belly. one runs away one catches the line of the horizon. one runs away he goes down the stairs. one dreams of before

frozen, here. in this place, here, overwhelmed by worrisome time buying fearful bursts, possessions that one is denied.

three words, yes, three words, two short, another is longer, the length of time to wait for the end of the kiss, or for him to leave, and leave you to dream of the abdomen that becomes rounder, in the warm place inside, in the cup of what soon, once the attachment is cut, will dig inside the void and marks all at once the separate

dream world..

lIne-pLace-PRocEsS

lIne-pLace-PROCESs…

liNE-PlAce-PRocESs

slowly, he goes down the stairs,

he hardly turns, hardly, listens, holding his breath, whimpering bitter tears, stopping sighs on the verge of nausea, holding back,  the forbidden sob, he hardly turns around. She, looks at him, she, stares at her round abdomen all soft inside, the waves that filter through viper-like partitions, worries provoked by pleasure.

he hardly turns around, hardly listens, but notices the shiver and then the calm

so, he crosses a threshold another threshold,  and says he says, to her, and to the other too in the abdomen that becomes round « don't forget, no, don't forget you are mine, you are entirely mine ! »

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Texte de Gilles Moraton- GB

what are you thinking ?

What are you thinking when you aim at them, tell me ?

Tell me, what are you thinking ?

Between you and the other, at that moment, when you aim at him, there is a fraction of time that could hold all of eternity, if the other knew about it.

The fraction of time between the moment when you line up the cross hairs on the head and the moment when you pull the trigger.

Everything in the world held in this time, all of the memory of the world – like a grain of sand that contains galaxies.

If you try a little, all of the memory of the world.

If you try a little, streets from childhood and fleeting love, lizards under stones and a sandy garden, steep cities and sleepless nights, girls' dresses and glasses of wine, dogs, tractors, wounds, Don Quixote, departures, father, people who fall, around, tears that are shed, confrontations, dirty fighting, other places, others, worthless life.

Or maybe a single image that lasts, a wisp of black hair on a cheek.

Nothing, of course. You think about nothing. You think about nothing at this moment because if at this moment you started to think, the fraction of time might last and your hand would start to shake.

No, these are not the right reasons, you think about nothing because thinking at this particular moment would be, how can we say, out of your control, yes, out of your control. It's stupid but it's like that, you are caught in a process that is beyond you and that you never think about because to think would be to doubt and to doubt would be to fail. You were made for that, you say, you were made like that – ah ha, made –, according to a process that would be too complex to explain here and what's more, it is none of our business to know, everyone has a right to privacy, simply the result is there and heads explode.

Yet you were once young, a child even.

How does a child become a man like you ?

When you see a child, do you ever think that he could become a man like you ?

Do you know that you could search and search again, in the deepest, darkest corners of your mind, search until the end of your life without finding justification for that ?

Tell me, do you know that ?

Yes, you know it but there is only one place you say, one place for each person. Mine, you say again, is that one, not another, this place, this place was for me, reserved, don't touch, it's not by chance, it's me, we have to do things, and this place, that place that I hold and makes heads explode, I was lead to it, every instant, every hour, days, years, made, designed for that, and things too, the others, others' stories, others' lives, their instants and their hours, for a long time, the instants and the hours all work so that things come to that, me in this place, water in a cement canal, no outlet, it was that or washing new cars as they came off  the trains, without ever being able to buy one, a new car, you conclude.

But if water could spill out of the canal, no, not for you.

You, empty headed, elbows firmly planted, state of the art technique, absolute silence, holding your breath, on target, cross hairs, your finger, and the bullet flies, over there.

A fraction of time, again, but this one cannot possibly be rewound. What if the other knew, over there, the sea in winter, the texture of skin, the wind on

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Texte de Gilles Moraton - D

                                                                                                           woran denkst du ?

Woran denkst Du, wenn Du sie hältst, sag?

Sag, woran denkst Du?

Es gibt zwischen Dir und dem anderen in diesem Moment, wenn Du ihn hältst, diesen winzigen Bruchteil Zeit, der die Ewigkeit enthalten könnte, wenn der andere es wüsste.

Dieser winzige Bruchteil Zeit zwischen dem Moment in Deinem Visier, wo sich das Kreuz mit dem Kopf überschneidet, und dem Moment, wo Du abdrückst.  Alle Dinge der Welt in diesem Augenblick, das ganze Gedächtnis der Welt  - so wie ein Sandkorn Galaxien enthalten kann. Wenn man hier nur etwas guten Willen einsetzt, das gesamte Gedächtnis der Welt.

Wenn man hier nur etwas guten Willen einsetzt, die Straßen der Kindheit und die flüchtigen Liebschaften, die Eidechsen unter den Steinen und ein Sandgarten, die durchschrittenen Städte und die nächtlichen Wachen, die Mädchenkleider und die Gläser Wein, die Hunde, die Traktoren, die Verletzungen, Don Quichotte, die Abfahrten, der Vater, die Leute, die fallen, ringsumher die vergossenen Tränen, die Angriffe, die Tiefschläge, die anderen Orte, die anderen, das Leben umsonst.

Oder kann es ein einziges Bild sein und das dauerhaft bleibt, schwarze Haare auf einer Wange.

An nichts, selbstverständlich. Du denkst an nichts. In diesem Moment denkst Du an nichts, denn würdest Du in diesem Moment anfangen zu denken, bestünde die Gefahr, dass der winzige Bruchteil Zeit andauert und Deine Hand zu zittern beginnt. 

Nein, das sind nicht die wirklichen Gründe, Du denkst an nichts, weil denken  in diesem Moment, wie soll man sagen, über Deine Kräfte ginge, genau, über Deine Kräfte. Das ist dumm, aber es ist so, Du bist in einem Räderwerk gefangen, das Dich überfordert und über das Du niemals nachdenkst, denn denken heißt zweifeln und zweifeln heißt versagen. Du bist dazu gemacht, sagst Du, Du bist so gemacht – oh, oh gemacht – nach einem Verfahren, das zu komplex wäre, um es hier detailliert darzulegen, und das uns darüber hinaus nichts angeht, jeder hat Anspruch auf seine Intimsphäre, schlicht das Ergebnis ist da und die Köpfe explodieren. Dennoch warst Du mal klein, ein Kind sogar.

Wie wird aus einem Kind ein Mann wie Du?

Wenn Du einem Kinde begegnest, kommt es dann vor, dass Du denkst, es könnte ein Mann wie Du werden?

Weißt Du, dass Du suchen und immer wieder suchen könntest bis in die verborgensten Ecken Deines Kopfes, suchen bis zum Ende Deines Lebens, ohne eine Rechtfertigung dafür zu finden ?

Sag, weißt Du das?

Ja, Du weißt es, es gibt nur einen Platz, sagst Du, einen Platz für jeden. Der meine, sagst Du noch, ist der dort, kein anderer, dieser Platz, dieser Platz war für mich, reserviert, nicht dran rühren, es gibt keinen Zufall, ich bin es, die Dinge werden uns aufgezwungen, und dieser Platz, dieser da, den ich einnehme und der bewirkt, dass die Köpfe explodieren, ich wurde zu ihm hingeführt, jeden Augenblick, jede Stunde, jeden Tag, jedes Jahr, hierfür gemacht und ausgestattet, und auch die Dinge, die anderen, die Geschichte der anderen, das Leben der anderen, ihre Augenblicke und ihre Stunden, seit langem, die Augenblicke und Stunden, alles trägt dazu bei, dass die Dinge dahin gelangen, ich auf diesen Platz, Wasser in einen betonierten Kanal, kein Entrinnen, so war es nun mal, oder die Neuwagen waschen auf dem Bahnsteig, ohne sich einen Neuwagen leisten zu können, sagst Du zum Schluss.

Aber dass das Wasser des Kanals überfließen könnte, das nicht, nicht bei Dich.

Du, den Kopf frei, die Ellenbogen fest aufgestützt, letzter Schrei der Technik, absolute Stille, den Atem angehalten, die Visierlinie, das Kreuz, Dein Finger und die Kugel, die dort herausschnellt.

Winziger Bruchteil Zeit, noch, aber er, er duldet keine mögliche Rückblende. Und wenn der andere dort wüsste, das Meer im Winter, die Beschaffenheit einer Haut, den Wind auf der

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Texte de Gilles Moraton - Fr

 a quoi tu penses ?

A quoi tu penses quand tu les tiens, dis ?

Dis, à quoi tu penses ? Il y a, entre toi et l’autre, à ce moment-là, quand tu le tiens, cette infime fraction de temps qui pourrait contenir l’éternité, si l’autre savait.

Cette infime fraction de temps entre le moment dans ton viseur où la croix se superpose sur la tête et celui où tu appuies.

Toutes les choses du monde dans ce temps, toute la mémoire du monde – comme un grain de sable peut contenir des galaxies.

Pour peu que l’on y mette quelque bonne volonté, toute la mémoire du monde.

Pour peu que l’on y mette quelque bonne volonté, les rues de l’enfance et les amours volatiles, les lézards sous les pierres et un jardin de sable, les villes arpentées et les nuits de veille, les robes des filles et les verres de vin, les chiens, les tracteurs, les blessures, Don Quichotte, les départs, le père, les gens qui tombent, autour, les larmes versées, les affronts, les coups bas, les ailleurs, les autres, la vie pour rien.

Ou peut être une image seule et qui dure, des cheveux noirs sur une joue.

A rien, bien sûr. Tu ne penses à rien. A ce moment-là tu ne penses à rien parce que si à ce moment-là tu te mettais à penser, l’infime fraction de temps risquerait de durer et ta main de trembler.

Non, ce ne sont pas les bonnes raisons, tu ne penses à rien parce que penser, à ce moment-là, serait, comment dire, au dessus de tes forces, voilà, au dessus de tes forces. C’est bête mais c’est comme ça, tu es pris dans un engrenage qui te dépasse et auquel jamais tu ne penses parce que penser c’est douter et douter c’est rater. Tu es fait pour ça, dis-tu, tu es fabriqué comme ça – ah ah, fabriqué –, selon un processus qu’il serait trop complexe de détailler ici et que d’ailleurs il ne nous appartient pas de connaître, chacun a droit à son intimité, simplement le résultat est là et les têtes explosent.

Tu as été petit pourtant, enfant même.

Comment un enfant devient un homme comme toi ?

Est-ce qu’il t’arrive, quand tu croises un enfant, de penser qu’il pourrait devenir un homme comme toi ?

Est-ce que tu sais que tu pourrais chercher et chercher encore, jusque dans les coins les plus sombres de ta tête, chercher jusqu’à la fin de ta vie sans trouver de légitimation à ça ?

Dis, tu le sais ?

Oui tu le sais mais il n’y a qu’une place dis-tu, une place par personne. La mienne, dis-tu encore, est celle-là, pas une autre, cette place, cette place était pour moi, réservée, pas toucher, il n’y a pas de hasard, c’est moi, les choses s’imposent à nous, et cette place, celle-là que j’occupe et qui fait que les têtes explosent, j’ai été conduit jusqu’à elle, tous les instants, toutes les heures, les jours, les années, faites, agencées pour ça, et les choses aussi, les autres, l’histoire des autres, la vie des autres, leurs instants et leurs heures, depuis longtemps, les instants et les heures, tout concourt à ce que les choses en arrivent à ça, moi dans cette place, une eau dans un canal de béton, pas d’échappatoire, c’était ça ou laver des voitures neuves à la descente des trains, sans pouvoir s’en payer une, de voiture neuve, termines-tu.

Mais que l’eau du canal puisse déborder, ça non, pas pour toi.

Toi, tête vide, coudes bien en appui, dernier cri de la technique, silence absolu, respiration bloquée, la ligne de mire, la croix, ton doigt, et la balle qui part, là-bas.

Infime fraction de temps, encore, mais qui celle-là ne souffre d’aucun retour en arrière possible. Et si l’autre savait, là-bas, la mer en hiver, le grain d’une peau, le vent sur la

                                                                                                                       Gilles Moraton - 2006  CopyrightFrance.com


Pour suivre l'actualité littéraire de Gilles Moraton, allez donc vous balader sur http://inventaire-du-monde.over-blog.com/#

ACTE N°xième

Les éditions sont très gênées... nous allons divulguer ici l'adresse d'un blog qui nous a inséré dans sa colonne de droite... qui nous met en lien je veux dire... cela nous fait rougir... extrèmement, et lorsque nous rougissons c'est dangereux, c'est que notre ego est flatté... et l'ego, on sait où ça mène, tout droit à l'abrutissement et à la couillonnade... Mais juré ! - craché aussi pendant qu'on y est et on en est pas à ça près - les éditions internationales (on sait jamais il y aura peut-être un prince des émirats arabe très riche qui lira le blog de Gilles Moraton et cliquera sur notre pauvre blog et se prendra de passion pour les livres d'artistes ENORMES, et puis il cherchera et trouvera l'adresse, et...), juré-craché donc, nous LINDICEPENSABLE ne le savions pas !!

Etre taxé de prosélytisme est très désagréable quand c'est faux, bien sûr, quand c'est vrai, ma foi... c'est un autre problème, et ce n'est pas le nôtre...

Allez, outre-passons notre timidité maladive, jugée chronique par nous-même, et n'oublions jamais, jamais !! qu'en terme de toile, d'univers du web planétaire, l'internaute oublie illico presto la totalité des choses géniales qu'il découvre - à moins de tomber sur un accro de la note privée... mais, ça, c'est rare... il n'y en a plus - Ah ! si me dit une amie très proche, ça existe encore ! bon ? on est content, allez, va donc écrire dans ton carnet en papier et fiche-nous la paix ! tu comprends nous, nous causons à la multitude ! nous jactons immense, nous vibrons de concert avec la TERRE ! doudiou ! nous ne salivons pas en vain pour un mysanthrope cloîtré aux doigts tâchés d'encre... - BREF ! nous osons donc, ici, en la présente, et par nos signatures ajoutées, afficher le lien, et notre attachement vers le blog tout chaud, moelleux, croquant, juteux, slurp ! de Gilles Moraton, dont nous avons présenté le travail à maintes reprise, et pas en vain, espérons-le...

(Le bleu blanc rouge, c'est pour faire patriotique ! pour le prince des émirats arabes ! nos livres sont sang pour sang frenchies !... je plaisante, rien que Nous, Nous sommes pfffff de toutes les couleurs de l'arc en ciel. Oooover the rainbow...)


Acte N°xième de l'extrait de naissance tant, de l'année bidule, et quelques carottes... et ça ira bien comme ça... Tampon des éditions, timbre léché, enveloppe fermée, allez zou ! sur la toile magique. 

Purée ! j'ai oublié de mettre le chèque dans l'enveloppe... grrrr